Texte pour une galerie-1

Texte pour une galerie-1
Elle avançait, l'air brisé, vers un chemin qui espérait-elle, la mènerait loin, très loin d'ici. Les feuilles tombaient sous la pression des gouttes d'eau, impuissantes, elles tombaient jusqu'à frapper les trottoirs souillés par les pas du monde. L'air était lourd, pesant tout comme l'était ses pas. Elle se traînait, n'ayant plus la force de marcher. Le dos courbés par le poids de ses dix-sept années, elle tentait d'oublier les souvenirs, se les remémorait pour mieux les oublier. Elle espérait toujours en découvrir un qui étincellerait d'une touche de bonheur, d'un zeste de joie, mais en vain. Elle n'y arrivait pas, tout était noir, tout était trop sombre pour qu'on puisse apercevoir la moindre douceur. Son c½ur était déchiré, elle en avait perdu certains morceaux, comme ces puzzles qui finissent toujours par être égarés. Elle aurait bien pu recoudre les pièces restantes, mais le temps et la force lui manquait. Elle le ressentait dans toutes les fibres de son corps, ce soir était le dernier soir. Les eaux sombres de la Seine étaient si attirantes, comme si un autre monde se cachait au de là des vagues, un monde que les gens heureux n'apercevait tout simplement pas. Son monde à elle. Elle voyait ses contours sinueux se profiler au loin. Les vagues noirs, les soupirs calmes de l'eau, un endroit où enfin la drogue et l'alcool ne pourrait venir la rejoindre. Une jambe, puis l'autre, le corps en équilibre au dessus de son tombeau. C'était maintenant ou jamais, l'ultime décision. Et sans qu'elle ne se sente tomber, elle tomba. Son corps mince ne fit pas beaucoup d'éclat et à peine quelques secondes plus tard, l'eau retrouvait son calme, sa victime en son sein. C'était un soir sans histoire, une fin de journée au destin sobre, vingt et une heures, sans espoir, un mercredi d'octobre*


*La phrase n'est pas de moi. Elle est tiré d'un texte de Grand Corps Malade pour les besoins de la galerie.

# Posté le dimanche 24 août 2008 21:24

Différente.

Différente.
J'avance
Un petit pas, du silence
J'avance
Un pas dans la déchéance


Tu veux bien qu'on s'oublie? Que les larmes versés sur le parquet disparaissent, que les mots échangés soit homologués, une fois pour toute? Le noir est trop envahissant, il me noie, m'étouffe. J'ai envie du vent dans mes cheveux, du soleil sur ma peau, de l'esprit aussi vierge qu'une feuille de papier, d'être aussi sage qu'une image. Les mots s'alignent, coulent, j'écris, je pleure, je veux que tout redevienne comme avant. Je voudrais être comme les autres adolescentes, un pied dans la réalité, l'autre dans les rêves. Pas les deux chaussures dans le monde des adultes, j'ai peur. Je voudrais qu'on rédige ma vie comme un roman, à la troisième personne du singulier. Ce 'elle' raconté par l'auteur, ce ne serait pas moi, ce serait quelqu'un d'autre, quelqu'un que je ne connais pas et dont je peux plaindre les soupirs, étouffer les larmes. Tu veux bien, dit, écrire le roman de ma vie qu'enfin on s'oublie. Parce qu'on a beau tourner la page, c'est, au bout du compte, toujours le même livre.

Mes pas s'encrent dans la terre, elle me retient, j'étouffe. Je ne suis pas prête, je ne veux pas l'être. Je veux être comme les autres, vivre au jour le jour, dans une réalité où demain n'existe plus. Je ne veux pas de lui, de cet être qui grandit en moi, je le veux ailleurs, mais pas en moi. Dieu, qui que vous soyez tout là-haut, reprenez le ou je m'en débarrasse. Je suis égoïste, je suis jeune, je ne veux être responsable que de moi. Du vent qui souffle sur mes cheveux, du monde à mes pieds, du monde qui m'appartient. Je ne peux pas m'occuper de lui, il souffrira de mon absence et plus tard, me détestera de lui avoir donné la vie dans un monde qui n'inspire que la mort. Il m'en voudra d'avoir fait une erreur, il m'en voudra d'avoir voulu être différente des autres adolescentes qui écoutent sagement les conseils de maman et qui se protège. Je ne veux pas qu'il m'en veuille, je ne suis pas prête. Je suis encore une enfant, je ne peux pas en avoir un moi-même..

Je veux oublier
Croire qu'il ne s'est rien passé
Je veux oublier
Et mettre tout ça de côté

Je veux que tout redevienne comme avant. Je veux danser sans me dire que quelqu'un est dans mon ventre. Je veux chanter sans me demander s'il m'entend. Je ne veux pas qu'il soit là, je ne pourrais pas m'occuper de lui. Et plus tard, je ne voudrai pas avoir sa mort sur la conscience parce que je n'ai pas su lui donner l'amour qu'il méritait. Je ne sais plus où est son père, je crois qu'il a compris qu'on était trop jeunes pour être parents, pour être différents sans être juger. Il n'aime pas être juger, et moi non plus. C'est pour cela mon bébé, mon tout petit, qu'avant de voir la lumière du jour, tu ira rejoindre les anges.

Le temps a passé
Et jamais je ne pourrais oublier
Le temps a passé
Que cet être, je l'ai aimé


Déjà quelques mois que j'ai avorté, que je t'ai chassé de mon ventre. La différence, c'est beaucoup trop compliquer à gérer, à accepter. En étant devenu mère, j'aurai dû supporter tous les regards qu'on me lancerait, tous les chuchotements parce que j'aurai accepté de mettre ma vie de côté pour m'occuper exclusivement de la tienne. La différence, c'est trop imposant pour moi, et la détresse que j'ai ressentis quand j'ai compris que j'allais l'être toute ma vie m'a saisit au c½ur et j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps alors que même lorsque je t'ai sentis partir, je n'ai pas versé une larme. Au fond mon bébé, il aurait fallut que j'accepte d'être différente, parce que nous le sommes tous. Il y aura toujours quelqu'un quelque part pour la juger et la condamner. Alors regarde moi de là-haut et promet moi d'être toujours là pour ta maman qui a eu peur d'être.. Différente.

# Posté le jeudi 28 août 2008 17:19

Les roses de sa mère

Les roses de sa mère
8h00, les roses s'ouvrent sous la rosée du matin

C'était une belle journée qui s'annonçait. Le soleil brillait déjà, haut dans le ciel, l'odeur des fleurs flottait doucement dans l'air et les branches des arbres se balançaient paresseusement au gré des vents. Julie ouvrit lentement les volets de la fenêtre pour entendre le chant des oiseaux, ouverte à la beauté que ce matin la nature lui offrait. Elle soupira d'aise et prit appuie sur le rebord de la fenêtre pour admirer un ciel bleu sans aucun nuage. Ce matin, elle y irait dans la roserais, ses roses prenant beaucoup plus que l'espace qui leur était alloué et puis, un bouquet de fleurs pourrait embaumer encore plus la maison. Elle alla s'habiller et ne revêtit qu'une robe légère. Oui, c'était une très belle journée qui s'annonçait. Ce soir, elle irait dîner avec sa mère dans un petit restaurant comme elle le faisait toujours les vendredis et toutes deux riraient des petits malheurs quotidiens de la vie, terriblement complices.

10h00, les roses tombent sous le coup des cisailles.

Julie chantonnait doucement l'une des berceuses que sa mère lui faisait entendre lorsqu'elle était petite. Ce qu'elle pouvait lui manquer.. Elle se souvenait de toutes les petites attentions dont elle avait été la bénéficiaire, de tous les sourires et de tous les applaudissements dont elle était acclamé après ses performances, bien souvent piètres, sur la scène de son école. Sa mère avait enduré toutes ses colères, même lorsqu'elles n'avaient pas lieu d'être, l'avait laissé grandir et s'était séparé peu à peu d'elle lorsqu'elle était entré dans le monde de l'adolescence, puis celui des adultes. Julie venait tout juste de souffler ses trente bougies, elle était donc depuis longtemps une adulte. Mais de par le fait qu'elle n'avait jamais connu son père, un lien puissant s'était tissé avec sa mère, un lien impossible à briser. Ainsi donc, sa mère était non seulement sa mère justement, mais sa meilleure amie, sa complice et sa confidente. Et elle adorait les roses. C'était justement pour cela que Julie les cultivaient amoureusement, pour en offrir le plus souvent possible à cette mère qu'elle adorait.

13h00, les roses frémissent sous le vent.

Dans la chambre des maîtres, celle de Julie, un grand bouquet de rose embaumait l'air de son doux parfum. Julie était dehors, laissant le soleil caresser son corps de ses rayons, seule dans la roseraie. Soudainement, la sonnerie du téléphone se laisse entendre et tous les oiseaux se taisent. La jeune femme se lève pour aller répondre, grimpe rapidement les escaliers de la véranda et se jette sur le téléphone. Le numéro lui ai inconnu, elle hésite donc à répondre de peur de devoir confronter l'un de ces vendeurs et de devoir répondre à un sondage. La curiosité l'emportant sur ses réticences, elle décroche et écoute sagement ce que son interlocuteur lui dit. Elle éclate de rire, cela ne peut être possible, elle a rendez-vous avec sa mère ce soir, et sa mère ne les rate jamais. Non non, il y a erreur sur la personne, elle en était certaine. Oui, elle était bien madame Dalian, mais sa mère avait un rendez-vous ce soir, elle ne pouvait PAS être à l'hôpital. Soudainement, les larmes roulèrent sur ses joues, elle comprenait enfin, la réalité venait de l'atteindre. Julie raccrocha aussi et roula jusqu'à l'hôpital dans un état second, une rose entre les doigts. Ce ne pouvait être possible.

17h00, les roses se fanent.

Sa mère était bien là, reliée à tant de machines qu'elle doutait que ce soit bien elle. Ses yeux étaient fermés, ses paupières bleutées et sa peau était diaphane. Un pansement enserrait sa tête et sa poitrine se soulevait au rythme de ses respirations, lentes et douloureuses. Julie s'approcha doucement et caressa de la main le visage de celle qu'elle aimait tant. Le tracé de l'électrocardiographe était répétitif, parcouru de pic vertigineux qui retombaient aussi brusquement. Elle aurait voulu être ailleurs, loin de cet hôpital, très loin de la douleur sourde qui grandissait dans sa poitrine et qui bloquait sa gorge. Les larmes roulaient toujours sur ses joues, un déluge sur son visage. Son c½ur était en morceau, elle avait si peur que sa mère ne revienne jamais du monde où elle était désormais. Elle posa la rose qu'elle avait apporté sur la table de chevet, solitaire beauté au c½ur des machines. Elle prit place sur l'une des chaises mises à la disposition des familles et posa sa tête sur le rebord du lit, le mouillant de ses larmes. La jeune femme prit doucement la main de sa mère et la porta contre son c½ur. Elle n'avait pas le droit de la laisser ici, toute seule face au monde. Elle éclata en de bruyants sanglots et se laissa glisser à genou sur le parquet de la chambre, son monde s'écroulant peu à peu.


Les pétales des roses s'envolent vers un autre monde.

Julie s'avança dans le cimetière, une rose et une lettre à la main. La tombe de sa mère en était recouverte, mais comme elle les adorait, une de plus, une de moins, qu'est-ce que ça changeait? Elle s'agenouilla sur le marbre froid et y posa son front, les larmes glissant encore une fois de ses joues. Elle déposa sans un mot l'enveloppe sur la tombe et repartit, les pétales fanées des roses s'envolant dans l'aube.

Maman,

Lorsque tu es partis, j'ai eu l'impression que le monde s'écroulait sous mes pieds. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi est-ce que c'est toi que cette voiture a percuté, il y a maintenant un an exactement. Je ne comprenais pas pourquoi l'on cherchait à te ravir à moi, ma seule véritable amie, ma confidente, mon guide dans la vie de tous les jours. Longtemps, j'en ai voulu au monde entier, longtemps j'ai voulu empêcher le monde de tourner. Mais lorsque j'ai compris que ma douleur était unique et que malgré tout, tout serait comme avant pour le reste du monde, j'ai décidé de continuer à avancer. Les oiseaux chantent et la roseraie est magnifique, si tu voyais. Mes pas me guident toujours un peu plus loin dans l'apprentissage de la vie, et la musique des jours heureux se met peu à peu à jouer à mes oreilles. Parce que tu es là, quelque part là-haut, volant avec les colombes et je sais que tu m'écoutes et que tu veilles sur moi, je sais que tu m'aimera toujours. C'est pour cette raison que je suis toujours en vie et en un morceau. Je t'aime maman, si tu savais seulement à quel point. Je t'aime et j'espère que tu veillera toujours sur moi.


Julie frôla du bout du doigt le marbre froid des tombes du cimetière, un petit sourire aux lèvres, une foi inébranlable en l'avenir.

Les roses dansent sous le vent.

# Posté le vendredi 29 août 2008 21:59

[ Hors blog 1 ] Rien qu'une station sur ma vie.

[ Hors blog 1 ] Rien qu'une station sur ma vie.
J'aimerais n'être plus que l'ombre de moi-même. J'aimerais arriver à me confier, arriver à vous raconter ce que je ressens. Mais je n'en suis pas capable, je n'y arrive pas, ou je n'y arrive plus. Je suis sur le point d'éclater, j'ai simplement envie de vous raconter ce qui m'arrive, ce qui m'écrase les épaules, ce poids invisible qui pèse sur mes épaules, qui à chaque instant à me rappelle que la douleur est là pour rester, qu'elle n'attend que le moment propice pour me faire craquer. Je ne suis pas celle que vous croyez, celle qui le sourire aux lèvres avance envers et contre tous. Je suis presque à terre, écrasée sous le poids de ma vie, celui de mes rêves. Un jour, peut-être que je vous raconterais. Pour l'instant, je resterais droite, je grandirais et tenterais de devenir comme les autres. Unique, oui, je le suis, unique. Je me croyais différente, plus forte surtout, à planer au dessus de la douleur, à croire que tout finirait bien par s'estomper un jour. Sachez simplement que la souffrance est mesquine, sournoise, vous gruge jusqu'aux derniers de vos souvenirs, vous arrache ce bonheur qui est après tout, bien mérité. Je m'en veux de ne pas savoir me confier. Pourtant, je crois bien savoir exprimer la douleur des autres, alors pourquoi pas la mienne? Pourquoi ne puis-je pas hurler que j'ai mal, que je n'en peux plus de faire semblant d'être heureuse? Je voudrais enlever mon masque, le jeter jusqu'au plus profond de ma tête et afficher qui je suis réellement. Peut-être que je ne peux tout simplement pas.. J'ai si peur du jugement des autres. Alors, j'avancerais, envers et contre tous, avec cette douleur sourde au fond du ventre.


Il est étonnant, n'est-ce pas, de constater à quel point les apparences peuvent être trompeuses et qu'une seule petite heure peut faire briser les digues?

J'en peux plus.

# Posté le lundi 08 septembre 2008 17:55

Modifié le vendredi 12 septembre 2008 17:10

Six milliards

Six milliards
Six milliards d'humains, six milliards d'âmes, six milliards de consciences.

Six milliards de personnes, qui marchent, bravent la vie. Des gens courageux, des gens braves, des trouillards et des faibles. Il y a ceux qui luttent pour voir demain, ceux qui n'attendent que demain n'arrive jamais, qui espère figer le moment présent. Ceux qui ne veulent pas voir le futur, qui préfère le passé, ces mélancoliques anonymes. Il y a toutes sortes de gens, des gens qui existaient il y a trois secondes, qui n'existent plus maintenant. Ceux dont le c½ur s'est perdu, ceux qui ne cherchent qu'à voler celui de leur prochain. Certains sont heureux, certains sont tristes, certains s'apitoie sur le sort. Il y a ceux qui tentent de les aider à s'en sortir, et d'autres qui n'attendaient que ce moment pour les écraser et continuer leur chemin. Certains volent la vie des autres, certains demandent d'unir la leur à celle d'un autre et d'autres cherchent tout simplement à oublier qu'ils ont une vie. Six milliards de personnes, toutes différentes, toutes semblables. Six milliards d'humains, six milliards d'âmes, six milliards de conscience...

Et parfois, je me sens toute seule.

# Posté le samedi 13 septembre 2008 13:16