J'avance
Un petit pas, du silence
J'avance
Un pas dans la déchéance
Tu veux bien qu'on s'oublie? Que les larmes versés sur le parquet disparaissent, que les mots échangés soit homologués, une fois pour toute? Le noir est trop envahissant, il me noie, m'étouffe. J'ai envie du vent dans mes cheveux, du soleil sur ma peau, de l'esprit aussi vierge qu'une feuille de papier, d'être aussi sage qu'une image. Les mots s'alignent, coulent, j'écris, je pleure, je veux que tout redevienne comme avant. Je voudrais être comme les autres adolescentes, un pied dans la réalité, l'autre dans les rêves. Pas les deux chaussures dans le monde des adultes, j'ai peur. Je voudrais qu'on rédige ma vie comme un roman, à la troisième personne du singulier. Ce 'elle' raconté par l'auteur, ce ne serait pas moi, ce serait quelqu'un d'autre, quelqu'un que je ne connais pas et dont je peux plaindre les soupirs, étouffer les larmes. Tu veux bien, dit, écrire le roman de ma vie qu'enfin on s'oublie. Parce qu'on a beau tourner la page, c'est, au bout du compte, toujours le même livre.
Mes pas s'encrent dans la terre, elle me retient, j'étouffe. Je ne suis pas prête, je ne veux pas l'être. Je veux être comme les autres, vivre au jour le jour, dans une réalité où demain n'existe plus. Je ne veux pas de lui, de cet être qui grandit en moi, je le veux ailleurs, mais pas en moi. Dieu, qui que vous soyez tout là-haut, reprenez le ou je m'en débarrasse. Je suis égoïste, je suis jeune, je ne veux être responsable que de moi. Du vent qui souffle sur mes cheveux, du monde à mes pieds, du monde qui m'appartient. Je ne peux pas m'occuper de lui, il souffrira de mon absence et plus tard, me détestera de lui avoir donné la vie dans un monde qui n'inspire que la mort. Il m'en voudra d'avoir fait une erreur, il m'en voudra d'avoir voulu être différente des autres adolescentes qui écoutent sagement les conseils de maman et qui se protège. Je ne veux pas qu'il m'en veuille, je ne suis pas prête. Je suis encore une enfant, je ne peux pas en avoir un moi-même..
Je veux oublier
Croire qu'il ne s'est rien passé
Je veux oublier
Et mettre tout ça de côté
Je veux que tout redevienne comme avant. Je veux danser sans me dire que quelqu'un est dans mon ventre. Je veux chanter sans me demander s'il m'entend. Je ne veux pas qu'il soit là, je ne pourrais pas m'occuper de lui. Et plus tard, je ne voudrai pas avoir sa mort sur la conscience parce que je n'ai pas su lui donner l'amour qu'il méritait. Je ne sais plus où est son père, je crois qu'il a compris qu'on était trop jeunes pour être parents, pour être différents sans être juger. Il n'aime pas être juger, et moi non plus. C'est pour cela mon bébé, mon tout petit, qu'avant de voir la lumière du jour, tu ira rejoindre les anges.
Le temps a passé
Et jamais je ne pourrais oublier
Le temps a passé
Que cet être, je l'ai aimé
Déjà quelques mois que j'ai avorté, que je t'ai chassé de mon ventre. La différence, c'est beaucoup trop compliquer à gérer, à accepter. En étant devenu mère, j'aurai dû supporter tous les regards qu'on me lancerait, tous les chuchotements parce que j'aurai accepté de mettre ma vie de côté pour m'occuper exclusivement de la tienne. La différence, c'est trop imposant pour moi, et la détresse que j'ai ressentis quand j'ai compris que j'allais l'être toute ma vie m'a saisit au c½ur et j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps alors que même lorsque je t'ai sentis partir, je n'ai pas versé une larme. Au fond mon bébé, il aurait fallut que j'accepte d'être différente, parce que nous le sommes tous. Il y aura toujours quelqu'un quelque part pour la juger et la condamner. Alors regarde moi de là-haut et promet moi d'être toujours là pour ta maman qui a eu peur d'être.. Différente.