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Thierry.

Thierry.


Il est plus que difficile de décrire la mort. Qui sait vraiment à quoi elle ressemble, puisque la mort est un voyage aller simple. J'aimerais tant pouvoir te rassurer, mais je ne peux rien faire pour t'apporter un peu de réconfort. Je ne saurais probablement jamais à quel point tu as mal, à quel point tu as peur. Ta main semble si petite dans la mienne. Parfois secoué de spasme, parfois inerte, terriblement inerte. Ton c½ur bat dans ta poitrine, et c'est sûrement l'une de tes plus grandes victoires. 10 ans, atteint d'un cancer du sang, ou le nom compliqué qu'il s'amuse à lui donner, leucémie, seulement pour que ça ait l'air plus grave que ce ne l'ai déjà. Il est parfois troublant de constater la peur que peuvent inspiré certains mots. Je suis certaine que si tu pouvais parler, tu me dirais à quel point tu as envie de rire en ce moment. À quel point le soleil sur ta peau glacé te fait du bien, qu'il devrait ouvrir la fenêtre pour que les rayons puissent vraiment te réchauffer. Mais ils ne peuvent pas ouvrir la fenêtre, tu pourrais prendre froid. Non, mais à quoi ils pensent? Un coup de froid, et puis quoi encore? Tu en as vu d'autre, de bien pire. Oui, je me souviens très bien de ce jour de printemps, où trop content de voir les trottoirs à découvert, tu as sortis tes patins à roues alignées. Le résultat ne se fit pas attendre bien longtemps. Le gravier s'étant prit dans les roues, tu avais trébucher, et au comble de la malchance, un bras cassé. Je suis sûre que tu te souviens encore de cette belle journée de Juillet où l'eau de la piscine était encore malgré tout trop froide. Pneumonie, séjour de quinze jours à l'hôpital le plus proche. Déjà, les médecins commençaient à bien te connaître. Tu étais le petit bout en train qui amusait les enfants dans la salle de jeu, mais tout particulièrement une fillette chauve. Tu m'avais approché et tiré sur ma manche, seule endroit que tu pouvais atteindre sur moi. Ta question était teintée d'insouciance et m'a fait sourire. Dit maman, pourquoi elle est chauve Marie Ève? C'est un montre qui les lui a mangé? Hein maman? Je t'avais répondu que Marie Ève avait le cancer, et satisfait de ma réponse, tu avais continué de jouer avec elle. Mais ta si petite question avait créer d'affreuses grandes questions de maman en moi. Si Marie Ève s'appelait en fait Thierry, et que Thierry était mon fils, comment pourrais-je passer au travers de cette épreuve? C'est en caressant le dessus de ta tête chauve que je me suis rappelé de ces instants bénis. Ces instant qui ne datent pas de si loin, après tout. Le cancer te ronge depuis quatre mois. Mais ces quatre mois de maladie on eu beaucoup plus d'effet sur toi que sur les adultes. Ton corps est si fragile et il ne pourra plus longtemps lutter contre l'ennemi. Je sais Thierry, je sais que tu vas partir. Mais c'est si dure pour une mère de consoler son enfant alors qu'elle est elle-même en pleine détresse. J'aimerais tant que ce soit toi qui me console en ce moment. J'aimerais tant être sous tes couvertures, bercé malgré moi par le bip-bip devenu réconfortant des machines qui t'aide à vaincre la maladie. Je voudrais que ce soit toi qui me prenne dans tes bras frêles et que tu me dises que tout ira bien, que tu es là. Mais c'est moi qui doit jouer ce rôle. C'est moi qui doit passer à travers, et toi qui va être un chapitre de ma vie, qui va devenir pénible après ton départ. Tu sais, la mort me fait peur. Elle me fait très peur. Mais qu'est t'elle? Pour qui se prend t'elle pour venir m'enlevé mon enfant? Est-ce vraiment une longue forme fantomatique sous une cape noire, faux à la main pour venir enlevé ses victimes? Je ne sais plus quoi pensé, mais j'aimerais tant t'aider. Je suis certaine qu'il existe un paradis où tu iras. J'irais te rejoindre un jour, très certainement. Tes éclats de rire pourront enfin se joindre aux miens, comme lorsque tu étais jeune... Et en vie.

# Posté le vendredi 09 novembre 2007 21:24

Modifié le samedi 01 novembre 2008 10:25

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