Les feuilles craquent régulièrement sous mes pas. L'automne est depuis longtemps commencé et le temps s'en fait ressentir. Je resserre mon foulard autours de mon cou et remonte la fermeture éclair de mon manteau. J'entend l'autobus repartir, emportant avec lui des gens au destin bien différent. Je me demande toujours quelle est la vie de ces gens, ces gens que je ne croiserais probablement plus jamais dans ma vie. Ou au contraire, je ne le sais pas encore, mais l'homme à la tuque verte me sauvera la vie dans un avenir rapproché, ou la femme au long manteau noir sera bientôt agressé, et son visage sera sur toutes les chaînes de télévisions. Il est effrayant de constater à quel point la présence des gens est éphémère dans la vie. J'aimerais tant pouvoir m'accrocher à une personne qui sera toujours là, avec la garantie qu'elle ne partira jamais, emportée par le flot incessant de la vie qui tourne toujours. La tête remplie de question, j'avance toujours, les joues rougis par le froid. Je vois au loin se dessiner les contours de mon ancienne école primaire. Tant de souvenirs me remontent à la tête, comme à tous les jours, et m'enserrent la gorge, faisant presque couler une larme sur ma joue. Je m'ennuie de ce temps ou je n'avais pas à me fier de l'opinion des autres, ou la seule chose qui comptait, c'était de bien étudier mes leçons et de faire correctement mes devoirs. Ce temps ou la cloche de la récréation annonçait le début d'un instant de pur bonheur, différent à chaque jours. Je n'avais alors besoin que d'un ballon pour m'occuper durant plus d'une heure, plus besoin d'autre choses, seulement d'imagination. Et cette sensation de liberté lorsque le vent vous fouette le visage, et le froid mordant s'infiltre sous votre manteau. Cette impression de pouvoir s'envoler n'importe quand, de laisser derrière vous la misère et d'aller vers d'autres cieux. Ou encore cette candeur propre aux enfants. Ces jeux permis seulement dans la petite enfance, sous peine d'être jugés d'adolescent attardés. Ce droit de devenir la princesse de la cour d'école, le meilleur chevalier de tous les garçons et de combattre le dragon. Après, tous semble s'effacer, et la vraie vie commence, avec son lot de problème. L'adolescence, l'école secondaire, le lieu par excellence des complexes. Le secondaire, ou un ne sait plus si, après tout, on veut être un enfant ou entrer dans le monde terrifiant des adultes. C'est l'hésitation entre l'enfance et la maturité. C'est l'âge où on aime s'inventer des problèmes, s'inventer des défauts, mais où l'on refuse d'admettre la vérité. C'est se cacher derrière un personnage, derrière un masque pour se tenir le plus loin possible des remarques cruelles. C'est l'entré dans le vrai monde, la préparation à la souffrance, mais aussi, le premier goût de la liberté, des vrais choix. J'avance, envers et contre tous, à travers le vent, la neige qui commence à tomber, je brave les difficulté de la température, comme je le ferais quand j'aurais à marcher sur la route des adultes.